Covid-19 : Macron défend sa stratégie face au virus et n’écarte pas des mesures supplémentaires

Le Parisien

Pas de “mea culpa”. Le chef de l’Etat a pris la parole, jeudi soir à l’issue d’un sommet européen en visioconférence, pour faire le point sur la situation sanitaire. Depuis l’Élysée, Emmanuel Macron a soutenu ne pas avoir fait d’erreur en refusant de reconfiner le pays fin janvier, au cœur de l’hiver. “Je n’ai aucun mea culpa à faire, aucun remords, aucun constat d’échec”, a-t-il affirmé. Cette décision avait été largement critiquée, notamment par certains membres de la communauté scientifique. Mais selon lui, l’absence d’explosion des nouveaux cas en début d’année était un motif suffisant pour écarter une telle mesure. Le recours à des confinements locaux dans 19 départements quelques semaines plus tard sonne pour beaucoup comme l’aveu d’un échec de la stratégie gouvernementale. Alors que la flambée épidémique se poursuit à cause du variant anglais du Covid-19, l’exécutif s’inquiète de voir les services hospitaliers saturés. “Les semaines qui viennent seront difficiles”, a déclaré Emmanuel Macron qui a ensuite évoqué la possibilité de nouvelles mesures restrictives dans les jours à venir. “Nous prendrons toutes les mesures utiles en temps et en heure et il n’y a à mes yeux aucun tabou”, a-t-il averti.

Antoine Cuny-Le Callet

De nouvelles mesures ? 

19 départements sont déjà soumis à un confinement local. Aux 16 départements confinés depuis le samedi 20 mars et pour une durée de quatre semaines se sont ajoutés l’Aube, le Rhône et la Nièvre, où le confinement entrera en vigueur ce vendredi à minuit. Mais ces restrictions locales sont critiquées de toutes parts pour leur légèreté : les attestations de sorties ne sont pas nécessaires, le télétravail n’est pas obligatoire, le couvre-feu a été repoussé et de nombreux commerces restent ouverts. Quelques mesures annexes ont été instaurées mercredi avec l’interdiction des rassemblements de plus de six personnes en extérieur, le report des législatives partielles à Paris et dans le Pas-de-Calais ou encore l’annulation de la reprise des championnats amateurs de football. Beaucoup d’experts et de politiques réclament donc un nouveau tour de vis. La question de la fermeture des écoles, exclue par le gouvernement depuis la fin du premier confinement, est à nouveau sur la table. Le président de l’Association des maires de France et maire de Troyes, François Baroin, se dit par exemple favorable à des mesures locales pour sa ville, et ouvert pour “poser la question des écoles”. En attendant ces éventuelles mesures de freinage, l’exécutif semble tout miser sur la vaccination pour s’extirper de cette crise. “Je veux vous donner une perspective raisonnable d’espoir”, a fait valoir le chef de l’État, évoquant le passage d’un “premier cap mi-avril”, grâce à la campagne vaccinale.

La barre symbolique des 100.000 morts. La troisième vague, particulièrement virulente, progresse dans tout le pays et met les services hospitaliers à rude épreuve. En Ile-de-France notamment, le taux d’incidence frôle les 600 cas pour 100.000 habitants et 1.410 malades sont en réanimation, soit 300 de plus que lors de la deuxième vague. Le ministre de la Santé Olivier Véran a annoncé que 80% de déprogrammations d’opérations seraient sans doute nécessaires dans les hôpitaux de la région afin d’augmenter les capacités de réanimation. A l’échelle nationale, le nombre de malades en réanimation a dépassé jeudi les 4.700 personnes et se rapproche du pic de la deuxième vague à l’automne qui s’établissait à 4.900 lits occupés. La barre des 200.000 nouveaux cas de Covid a été dépassée la semaine dernière, une première depuis début novembre. Le pays se rapproche irrémédiablement de la barre symbolique des 100.000 morts depuis le début de l’épidémie. Le moral de Français est aussi une source de préoccupations. Dans son avis du 11 mars, le conseil scientifique constatait la “lassitude” qui avait gagné citoyens et soignants. “Une certaine indifférence face aux chiffres des décès s’installe”, affirmait également le Conseil scientifique. La population semble s’être résignée à voir le nombre de morts augmenter encore.